Jennifer Mackay vit et travaille à Rouen.

Née en 1976 à Madrid d’un père Chilien expatrié après le coup d’Etat de Pinochet et d’une mère Française en quête d’aventures.

Une partie d’enfance au landau entourée des animations procurées par des parents s’inventant tisseurs de perles sur les marchés Madrilènes d’une Espagne en pleine « Movida ».

Premier tournant en 1979 dans les bagages maternelles, destination l’île de La Réunion avec une escale de quelques mois à l’île Maurice. Animaux, végétations, cyclones et plusieurs mois à parler un dialecte incompréhensible fait d’espagnol, de Français et d’un dialecte indou…

Le français intégré et l’espagnol rejeté, 8 ans d’enfance dans la Réunion foisonnante des cultures multiples de l’île entre Asie et Orient : couleurs des saries et des boubous, magie Vaudou ou transes hindouistes des marcheurs de feu. Enfance colorée et sauvage ponctuée d’allés retours vers l’Espagne et la bohème paternelle.

Deuxième tournant en 1988, arrivée automnale face à l’abbatiale Saint-Ouen, à Rouen. Les rues sont grandes, la lumière grise, les gens froids.

Années d’adolescences marquées de rencontres atypiques menant au chemin des Beaux-Arts en 1996.

Entre joie et désappointement, cinq années de voyage intérieur. Joie car on est à sa place, il y a des interactions, des découvertes, des possibles, des ateliers, du matériel, bref un univers auto centré sur l’intérieur expressif.

Désappointement car on n’y apprend peu ou prou le dessin, la peinture à cette époque, et que tout tend au conceptuel, à la forme plutôt qu’au fond, au discours plutôt qu’au cœur ?!

Tant par curiosité que facilité, une porte s’ouvre sur la photographie. Le travail dans la chambre noire et la captation du temps finissent par agir sur des préoccupations très intimes : le corps, le foyer, le couple, les liens trans-générationnels. Au travers de  l’auto portrait, la recherche du rapport intérieur/extérieur exprimé déjà à cette époque d’un point de vue féminin : corset en tissus, en plâtre en bronze. Fixer le temps qui passe et les métamorphoses invisibles déjà en action.

Troisième tournant, diplômée des Beaux Arts et Premier enfantement en 2001 !

Cinq années de vide, de plein et de réalités.

2007 : Reprise des recherches plastiques dans le premier des nombreux ateliers qui se succèderont. S’affranchir des années Beaux-arts, travailler seule, et affiner son regard.

Dessin : dessiner sans relâche pour exprimer au plus juste l’écriture.

Premier choix de monstration, un atelier en 2010, pignon sur rue, accessible à tous, passants, amateurs  ou professionnels. Etre en interaction, parfois même en confrontation, créer des provocations, des réactions. Une façon comme une autre de sortir de l’anonymat et de la solitude, provoquer une rigueur de travail quasi bureaucratique et contraignante puisque visible par  tous. L’objet prend place dans un « écrin » que scénarise l’atelier,  étirant ses formes sur les papiers tendus aux murs jusqu’aux flacons et globes contenant la matière des histoires à venir. Le laboratoire ou le cabinet de curiosité réapproprié, un univers à part entière où le foisonnement des rencontres et projets alternatifs voient le jour.

Trois années de cycle comme le renouvellement du sang dans l’organisme, dessins de plus en plus grands et l’empreinte du geste font place nette.

Questionnement, doute et nouveau virage. Stop.

Fin de bail. 2013.

L’entre deux, retour au foyer ?! Peu voire pas de place pour la mécanique du dessin, et des propositions d’installation à travers la ville qui engage un changement de processus créatif.

Pas de papier mais de la toile, de gros et grands draps de lin récupéré des armoires familiales, de femmes à femme.

Fil et aiguille remplacent peu à peu le crayon et la térébenthine, retour inconscient ou non sur la trame des préoccupations des années Beaux-arts. Le lieu même de création étant le foyer, le canapé, le lit, rien de surprenant à se plonger dans le propos du corps, de l’intérieur et de la place ou pas que l’on y prend ?

Cohérence et interaction du lieu comme un leitmotiv enfin mis en lumière…

2014, opportunité  faisant foi, nouvel atelier pignon sur rue. Assembler les différents médiums dans un nouvel espace, plus grand, plus clair et offrant la possibilité de collaboration diverses, tant en dialogue des œuvres créées qu’en  propositions d’expressions plastiques et artistiques alternatives dans une ville parfois conservatrice comme Rouen.

Performances, installations, invitations, stagiaires et dialogue avec la nouvelle génération des étudiants en Art dans la région.

2017, la boucle est bouclée, pas un chapitre mais un tome s’achève. L’attachement à un lieu n’est plus nécessaire, la répétition des gestes et pratiques amènent à la confiance et permettent de créer ou que ce soit.

Fin de bail, le voyage reprend….